Ma voiture étant momentanément décédée, j'ai pris le bus.

 

bus

Et là je t'entends dire "oui et alors ? elle croit quoi celle-là ? Ca fait des années que je prends le bus, je demande une médaille ?"

 

medaille

 

Je ne demande pas de médaille. Mais prendre le bus est pour moi une source d'inspiration.

Habituée dans ma  voiture à ne rien pouvoir observer ou dire, à part quelques insultes aux chauffards ou quelques questions à mon gps, il n'y a pas beaucoup d'interactions, faut bien avouer hein. (à part conduire, faire attention, rester concentrée, ne pas dépasser les limitations, ne pas brûler les feux....)

 

Le bus, c'est une mine d'or. Chaque client est un indiana Jones qui s'ignore.

indiana bus

 

Et moi, j'observe, je note dans ma tête, j'écoute... J'adore ! Je sens aussi (et parfois c'est moche).

 

pue

Premier frisson : moi qui ne prends JAMAIS le bus (la dernière fois, souviens toi j'en avais aussi fait un article... comme quoi ça me marque), eh ben je ne savais même pas où je devais déposer l'argent (3 euros 40 pour faire grève si souvent, avoue que c'est cher payé - mais bref). Quelle aventure.

 

Première rencontre dans le bus : mon fils et sa collègue. Qui allaient bosser. Enfin, moi aussi j'y allais, mais j'avais l'impression d'être déjà un peu en vacances. Quelle aventure.

 

Premier client qui attire mon attention : il a 14 ans, voire 14 et demi. Il dort sur son sac. De temps en temps, sentant probablement que je le regarde, il ouvre un oeil et le referme aussi tôt. Il a fait le même chemin que moi les bras croisés sur son sac et l'oeil mi ouvert mi fermé.    Quelle aventure.

 

Première réflexion que je me fais : je n'ai aucun équilibre (dans un bus comme dans la vie). Je n'arrive pas à ne pas suivre les mouvements du bus. Donc je m'accroche sans arrêt à la barre devant moi. A mes côtés, une petite dame toute blanche et ridée rigole. Quelle aventure.

 

Premier désagrément : un couple avec trois enfants dont deux en poussette monte à bord. Elle est au téléphone (avec sa mère si tu veux tout savoir) (parce que nous on a tous su)  et demande à son mari d'avancer. 
 Il lui répond, avec tout le romantisme que peut avoir un baraki de kermesse " S IL TE PLAIT qu'on dit, ch'uis pas ton chien ça va ? Connasse ti." 
Il se dirige ensuite vers le chauffeur qui lui annonce " 6, 40 euros monsieur". 
 Monsieur hurle "Hein ? c'est bien cher, ti ! J'ai pas d'monnayyyyyye. J'espère que tu vas savoir me changer 50 euros." 
 Et là, je me dis... le clash est inévitable. Eh ben non, le chauffeur est resté d'une politesse rare. Il lui a dit "Certainement monsieur, sans aucun problème, merci et bonne journée monsieur". 
 Monsieur est allé retrouver sa femme, sans dire un mot.  A part un ou deux "ta gueule" à sa fille.
 Moi, je pense que les chauffeurs de bus ont des cours de psychologie. Bon, ok... pas tous. Quelle aventure.

 

Premier attendrissement : un homme, la soixantaine, visiblement retardé mentalement. Il parle comme il peut... Tout le monde semble le connaître. Tout le monde lui parle, il dit "vwi" à tout le monde, il sourit. Il sent mauvais mais c'est sans doute pas sa faute s'il vit seul... Il sent mauvais, mais il sourit. Il descend en souhaitant "bon zournééééé" à tout le monde. J'adore. Quelle aventure.

 

Premier choc : Elle a 16 ans, environ. Classe. Talons aiguilles. Pantalon noir. Chemisier blanc impeccable. Ongles manucurés. Maquillage discret qui met son merveilleux visage en valeur. Elle dit à sa copine qui est devant elle : "Eh t'avances, wesh ma gueule, tu crois quoi ? Que j'vais attendre dix ans que tu bouges ton boule". Contraste. Quelle aventure.

 

Je pourrais aussi te parler du jeune adolescent au regard magnifique, qui a une sacoche Desigual avec des petites "floches au bout de la tirette" et qui a défaut d'être viril a l'air studieux (il relit la même feuille pendant vingt-cinq minutes). 

Ou de ces deux copines, l'une étant aussi blonde que l'autre est brune, qui parlent trop fort de l'au-delà, des ombres d'entités et des couleurs d'auras. 

 Ou de cette jeune trentenaire éminement sympathique, que pourtant je n'ai pas vu sourire, mais qui parle fort et dit des choses drôles, en parlant de son mari boxeur qu'elle appelle Rocky Balbo-eurre. 

 Je pourrais aussi te parler de cette jeune fille ravagée par l'inquiétude d'avoir raté son examen et qui ne parle que de ça à sa copine qui se contente de répéter "sert à rien, toutes façons, c'est fait".

 Ou de ce jeune homme, au T shirt bariolé, à la casquette de travers, qui a un casque sur les oreilles et un bras cassé, et rien de tout cela ne l'empêche de sourire.

 

Bref. J'ai pris le bus. Et quelle aventure.