J’ai la chance inouïe de travailler (quelques heures par semaine) avec des femmes de toutes les origines possibles.

Ces femmes assistent à mon cours afin de perfectionner leur français.  Elles sont de milieux sociaux, mais aussi de religions et de cultures différentes.  Mais ce sont toutes, sans exception des femmes de caractère, à la personnalité bien affirmée… Parfois on assiste à de belles choses, de beaux échanges. 

Parfois, on assiste aussi, comme ce matin à un début de pugilat pour des idioties.

Pas toujours évident de garder l’église, la mosquée, la synagogue et le temple au milieu du village .. il y aura forcément toujours de la frustration.

 

Elle est septuagénaire.  A vécu des choses terriblement difficiles.  Vit en Belgique depuis plus de 10 ans.  Elle a la rudesse des gens de la terre.  Elle a dans les yeux la petite étincelle de larmes souvent, trop souvent retenues.  Dans sa tête, c’est ordre, discipline, respect.  Elle vient du froid et d’un pays où « on est élevés comme ça »

 

femme froide   femme chaude

 

Elle est à peine trentenaire, a l’œil et le cheveu noir .  Elle vient de trouver un travail.  Elle aime rire.  Elle a l’accent chantant.  Elle vient du chaud et d’un pays où les étreintes, l’amour ça se dit, ça se rit, ça se chante.  Elle est aussi un peu distraite.

Elle a oublié son cours, elle est arrivée en retard (elle a travaillé tard hier). 

Comme je l’ai annoncé en début d’année, je n’interromps pas mon cours pour les retardataires avec ou sans motif… Mon cours  commence à 9 h.  C’est la seule règle à laquelle je ne dérogerai pas. 

D’expérience, la tolérance à ce niveau n’entraîne que de la fatigue, de l’énervement, et des problèmes aussi bien pour eux que pour moi.

Je continue donc mon cours  et je vois la belle trentenaire, qui a bien intégré la règle,  parler tout bas avec ses amies de même culture,  … je comprends qu’ elle leur demande de pouvoir s’installer près d’elle pour  faire les exercices.

Pour cela elle doit demander  à la fringante septuagénaire de reculer d’une place… Elle le demande poliment, posément… et là c’est le drame.

J’entends fuser les mots « respect, ordre, place »…. Je m’interromps, et demande ce qu’il se  passe.

Il se passe tout simplement qu’ « il est HORS DE QUESTION qu’  « on » dérange le cours, moi j’arrive à l’heure par respect du professeur… j’ai MA place et je n’en change pas…. »

La jeune trentenaire a un sourire gêné… et tente tant bien que mal de se faire une petite place…

Je demande alors un peu de « souplesse », et explique qu’il n’y a rien de grave qui mérite de faire un scandale ou la Une du journal de l’association…

Les choses se calment… jusqu’au moment où une jeune encore plus jeune que trentenaire clame haut et fort « moi je préfère fermer ma bouche sinon ça va mal se terminer »…

Je demande un retour au calme… et ne le voyant pas revenir, je continue mon cours en parlant un ton plus haut (déjà que je brais comme un âne en temps normal, là, c’est carrément les sirènes du port d’Alexandrie qui chantent encore la même mélodie)… Woh wooo

 en pensant... "si ça continue à partir en vrille, tu les fais sortir et tu vas faire une médiation sur le palier"....

Mais les choses se sont remises en place… j'ai fait comme si je ne voyais pas les visages fermés, j'ai continué à enseigner, à tenter des traits d'humour, et l'heure de la pause a sonné...

Heureusement, à l'étage en dessous, pendant le break,  un jeune quadragénaire qui vient d’un pays où on s’entretue et se déchire, où on torture les femmes et où on tue les enfants,  fête son anniversaire et nous offre des danses de son pays, avec un gâteau de chez nous (Y a pas d’Alco-hol  dedans hein Madame Muriel ?)…

Tout ça pour dire ma grande admiration à ces enseignants confrontés au quotidien à des situations conflictuelles avec des ados…

Ce petit épisode très court et très bref a été d’une violence (verbale) incroyable… et m'a un peu perturbée... Bon, il faut dire que sur une échelle de dix, ma fatigue était bien à 328 ce matin, avant même de commencer...