J'ai un cancer qui vit en moi.

Je ne suis plus comme vous.  Je ne pense plus comme vous.  Je ne fonctionne plus comme vous.  Je n'ai pas le même temps que vous.  Mes heures sont plus intenses, plus courtes, plus remplies et parfois bien plus vides.

Ne me demandez rien.  Ne me demandez pas de réagir comme vous voulez que je réagisse.

Je prends les armes qui me conviennent, pas toujours celles que vous me proposez.

Je ne suis pas quelqu'un de défaitiste et de négatif. C'est vous qui avez peur de ça... C'est vous qui projetez vos peurs sur moi. J'ai les miennes, merci de garder les vôtres pour vous.

Je ne vous agresse pas en vous disant ça.  Pas plus que vous ne vous rendez compte que vous m'agressez à vouloir que je, à me dire qu'il faut que je, que je dois, que je n'ai pas le droit de, que je dois faire en sorte que...

Je sais tout ça. Je sais que vous voulez que je guérisse.  Que vous êtes là pour moi.  Je sais que vous êtes tristes.  Que vous avez peur.  Que vous voudriez m'aider mais vous n'êtes pas magiciens.

Je fais avec ce que j'ai en moi : mon humour, ma causticité, ma sensiblité, mon vécu, mon honnêteté, ma sincérité, mes qualités et tous mes défauts aussi.

C'est moi qui l'ai ce cancer, en moi.  C'est à moi qu'il s'attaque et c'est à moi de faire le choix de lui parler, de négocier. C'est à moi et à moi seule que reviennent le droit et le choix des mots.

Je ne suis plus comme vous et j'en suis désolée.

Vous voyez le panneau "guérison" au bout d'une route toute droite.

Je le vois parfois car moi j'escalade une montagne.  Il apparait et disparait au gré des creux que je traverse ou des montées que j'effectue.

Moi je me couche en pleurant, en me demandant si j'aurais le temps encore. 

Et lorsque je me lève, le CANCER, ce mot que vous n'aimez pas et que vous voulez que j'appelle autrement... il est là, en moi.  Il vit en moi, il fait partie de moi, il prend la place de plein d'autres choses et tous les jours, je dis bien TOUS LES JOURS que Dieu fait, je l'empêche de prendre, justement toute cette place.  Alors je mets de l'humour.  De la gaieté.  De l'auto dérision et quand je peux, quand vraiment je peux, et croyez moi, c'est souvent....de l'espoir.  Quand je me rebooste, quand je pare mon armure d'invincibilité, c'est de ça qu'elle est faite... NON je ne suis pas défaitiste.  Vous croyez vraiment que j'ai envie de laisser mes enfants ??????

Imaginez vous un instant, un seu instant, vous lever chaque matin avec en vous cette chose qui vous menace. Chaque seconde. Chaque battement de coeur.  Comme si vous portiez un sac à dos rempli de pierres lourdes et que vous ne pouvez pas déposer.  Imaginez un deuxième sac à dos, mais dans votre coeur.  Et un troisième dans votre tete.

Essayez de vivre ça quelques minutes, quelques heures, une journée entière si vous y arrivez.

Vous comprendrez peut etre ce que j'essaye de vous faire entendre.  Ce que je vis au quotidien.

Vos armes ne sont pas les miennes, vos peurs non plus.

Les miennes sont l'humour, la légèreté, le second degré, les demandes qui vous semblent anodines comme de lever votre verre à ma santé.... ma  s.a.n.t.é  Geste anodin car maintes fois répété.

Mais qui devient un symbole d'alliance et de soutien quand on a ces putains de sacs à dos.

Je vous aime toujours autant, mais je ne pense plus, ne vis plus et ne suis plus comme vous.